Entre Lionel Apetoh et les lymphocytes T CD4 : déjà une longue histoire !

​C’est le 1er avril prochain que l’équipe de Lionel Apetoh verra officiellement le jour. Une nouvelle étape pour ce chercheur âgé de 34 ans, chargé de recherche à l’Inserm au sein de l’UMR 866 (1), dont les travaux visent à mieux comprendre le fonctionnement des lymphocytes T CD4. Des cellules du système immunitaire d’autant plus intéressantes que certaines d’entre elles peuvent éliminer les cellules cancéreuses.

« Quand j’ai commencé ma thèse en 2004 au sein du laboratoire du professeur Laurence Zitvogel, à Paris, la piste des traitements consistant à inciter le système immunitaire à mieux combattre les tumeurs, personne n’y croyait vraiment faute de résultats positifs lors d’essais cliniques », se rappelle Lionel Apetoh. Celui-ci revenait alors d’un stage de 8 mois effectué au Canada, à l’Université Laval de Québec, dans le cadre de sa troisième année d’études au sein de l’Ecole Supérieure de Biotechnologie de Strasbourg (ESBS). Il y avait travaillé sur la biochimie mais y avait fait aussi un peu d’immunologie, une discipline pour laquelle il se passionne depuis la fin de ses études secondaires. « Ces cellules qui dialoguent entre elles pour venir à bout d’une infection, cela m’a séduit aussitôt », déclare-t-il. D’où dès lors cette envie de comprendre comment fonctionne ce réseau et, en particulier, lors d’une infection ou à l’occasion du développement d’un cancer.

La recherche ? De belles rencontres et un travail d’équipe

Au cours de sa thèse, qui porte sur la capacité de certaines chimiothérapies à activer les cellules immunitaires d’un organisme atteint d’un cancer, et à réveiller celles-ci afin qu’elles contribuent à l’efficacité du traitement, Lionel Apetoh fait la connaissance de François Ghiringhelli, alors en post-doc dans ce même laboratoire de Laurence Zitvogel. « Parce que la recherche, c’est de belles rencontres et un travail d’équipe », s’enthousiasme-t-il. S’instaure alors un dialogue entre les deux jeunes chercheurs qui va se poursuivre et s’intensifier alors que le premier, thèse en poche, file outre-Atlantique, à Boston, à l’Université de Harvard, dans le laboratoire de Vijay Kuchroo, pour y faire à son tour un post-doc, alors que le second lance son équipe à Dijon, dans l’UMR 866 que dirige aujourd’hui Laurent Lagrost.

Rester aux Etats-Unis, présentés souvent par les médias comme un paradis pour les chercheurs, après y avoir passé un peu plus de deux ans le Français n’y pense pas un seul instant. « Savoir que vous êtes en poste pour une durée indéterminée vous permet de lancer un projet de 5 ans sans risque. Or chercheur temps plein permanent, c’est un type de poste qui n’existe quasiment qu’en France », explique-t-il. Aussi ne tarde-t-il à déposer une demande de financement à l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) afin de pouvoir lancer un petit groupe de recherche dans l’équipe du professeur François Ghiringhelli. Depuis 2011, ce petit noyau qu’il a constitué en recrutant un post-doc et en collaborant avec le reste de l’équipe a mené à bien plusieurs travaux dont les résultats ont fait l’objet de publications dans différentes revues scientifiques réputées.

Les lymphocytes T CD4, une voie prometteuse

Aujourd’hui, ce noyau qui a émergé au fil des années et acquis une légitimité va connaître un nouvel essor suite à la subvention Starting Grant d’un montant de 1,5 million d’euros, sur une période de cinq ans, que l’European Research Council (ERC) vient d’attribuer à son fondateur. « C’est une sorte de label de qualité, difficile à décrocher, qui vient renforcer notre crédibilité et nous ouvre ainsi de nouvelles opportunités de collaborations », estime le chercheur dijonnais. Avec une équipe de six personnes, Lionel Apetoh va pouvoir en effet aller plus loin dans la compréhension des mécanismes moléculaires des cellules T CD4 et poursuivre une déjà longue histoire entre lui et ces lymphocytes. Des cellules qui, selon le contexte, vont se spécialiser permettant alors de lutter, pour certaines contre des infections causées par les champignons, pour d’autres contre des bactéries.

« Nous travaillons sur les cellules T CD4. Celles-ci présentent des propriétés anti-cancéreuses lorsqu’on les transfère à un patient atteint d’un cancer après les avoir extraites de son sang et manipulées  dans des boîtes de culture pour faire en sorte qu’elles se multiplient », explique-t-il. Réalisé avec plus ou moins de succès dans des centres spécialisés, cette stratégie, néanmoins, nécessite encore beaucoup de progrès. Or Lionel Apetoh estime qu’avec une meilleure connaissance de la biologie des cellules T CD4, que l’on ne connaît pas encore suffisamment, il serait alors possible d’obtenir des effets thérapeutiques plus efficaces avec ce type de traitement. Aussi les moyens offerts par le Starting Grant vont permettre à cette équipe d’utiliser des acides nucléiques, autrement dit de l’ADN, extrait de cellules mais également de l’ADN de synthèse, afin de réussir à trouver un moyen d’activer ces T CD4 et leur faire acquérir des propriétés anti-cancéreuses encore plus efficaces.

Le début d’un triomphe pour l’immunologie

De la recherche très fondamentale dont il faudra néanmoins valider les concepts via des essais précliniques menés sur des souris porteuses de tumeurs. La nouvelle équipe dijonnaise devrait également travailler sur des cellules T CD4 humaines extraites de poches de sang que des donneurs auront accepté de confier à l’EFS (Etablissement Français du Sang). « Il s’agira alors de découvrir s’il existe des marqueurs biologiques liés à l’activité cancéreuse », précise-t-il. L’époque, pas si lointaine, où l’immunologie ne parvenait pas encore à convaincre les médecins quant à l’efficacité de ses solutions, semble donc révolue. De nouveaux traitements parmi lesquels l’anti-PD1 fonctionnent sur des patients porteurs de cancers très avancés du type mélanome métastatique. « Vous obtenez des rémissions complètes chez 20 à 40% d’entre eux », s’enthousiasme-t-il.

Autre preuve du succès de cette voie prometteuse, les sessions d’immunologie fondamentale qui commencent à apparaître dans le programme de certains congrès de médecins. En outre, les industriels, « qui au départ ne croyaient pas trop à ces stratégies », rappelle-t-il, investissent désormais très fortement dans le domaine de l’immunothérapie. Autant d’indicateurs positifs qui motivent Lionel Apetoh à poursuivre cette aventure, pas toujours facile mais oh combien passionnante, au sein de l’UMR 866 et dans le cadre du LabEx LipSTIC.

(1) Unité Mixte de Recherche « Lipides, Nutrition, Cancer » (Inserm/Université de Bourgogne)

Jean-François Desessard
​​Agence JFD & Co
www.jfdandco.fr

 

Contact
Lionel Apetoh
Email : lionel.apetoh@yahoo.fr​​

 

 

 

Lionel Apetoh en quelques dates

- 2001-2004 : Diplôme de l’Ecole Supérieure de Biotechnologie de Strasbourg

- 2004-2008 : Thèse de doctorat en immunologie, sous la responsabilité du professeur Laurence Zitvogel

- 2008-2010 : Post-doctorat au Brigham and Women’s Hospital, Harvard Medical School

- 2011 : responsable du groupe « Différenciation cellulaire T CD4 et cancer » au sein de l’équipe de François Ghiringhelli de l’UMR 866

- 2012 : habilitation à diriger des recherches en médecine

- 2015 : Prix Olga Sain décerné par le Comité de Paris de la Ligue contre le cancer